Feminism #4

17:13

Ça y est, la rentrée est passée, mais je vais tout de même essayer de publier quelques articles sur le blog jusqu'en juin, même si l'année va être très intense. Cela faisait quelques temps que je n'avais pas parlé féminisme sur le blog, c'est pourquoi je reviens aujourd'hui avec le quatrième article de la série. J'ai préparé tout au long de l'année dernière un dossier sur l'Inde, qui est un pays qui attise beaucoup ma curiosité; et j'avais très envie de m'intéresser à la cohabitation entre femmes et hommes de ce pays. Tout d'abord, je vais vous raconter les conditions de vie des indiennes, puis les mouvements féministes émergents, et les évolutions en cours.
La condition des femmes en Inde est considérée comme l'une des plus difficiles du monde, d'après l'enquête de la fondation Thomas Reuters, parue en 2011, qui désigne l'Inde comme étant le quatrième endroit le plus dangereux au monde pour les femmes. Pourtant elles prennent de l'ampleur dans le pays, notamment dans au travers des institutions politiques, puisqu'en 2011 les postes les plus importants du pays étaient tous occupés par des femmes : le Président du pays (Pratibha Patil), le Président du Parlement...

Mais les conditions de vie des indiennes restent terribles. On peut notamment évoquer les "dowry death", qui sont des femmes assassinées ou poussées au suicide, la plupart du temps par leur mari, parce que leur dot est insuffisante. Comme vous pouvez le voir sur l'image ci-dessus, il semble qu'en 2013, 8083 femmes soient mortes pour cette raison. En effet, en Inde les traditions persistent. Par exemple, les castes (qui sont des classes sociales), subsistent ; au plus bas de cette échelle sociale se trouvent les intouchables, les "Dalits", qui, comme l'indique leur nom, ne peuvent être touchés par les autres.
Parmi ces traditions indiennes se trouve aussi celle de la dot lors du mariage. La famille de la future mariée doit verser une somme importante d'argent et de présents à la famille du futur marié.

Ainsi, une grande pression sociale est exercée sur la femme ; de nombreuses familles, très pauvres, ne veulent pas avoir de filles pour cette raison. C'est pourquoi de nombreux bébés de sexe féminin sont tués. En effet, le recensement national de 2001 a montré qu'il "manquait" 36 millions de femmes, qui n'étaient soit pas nées, soit tuées à la naissance, soit que l'on a laissé mourir en bas âge. L'Inde ne compte donc que 93 femmes pour 100 hommes. 

La pression est double, puisqu'une femme qui accouche d'un enfant de sexe féminin peut être répudiée par sa belle-famille, voire tuée. Les femmes ont donc honte d'avoir une petite fille, si bien que les cas de vols de bébés garçon dans les maternités est fréquent ; tout comme les avortements illégaux lorsque le bébé est de sexe féminin. En effet, l'IVG n'est légal en Inde que jusqu'à 3 mois de grossesse, date à laquelle on ne peut pas déterminer le sexe de l'enfant. Des milliers d'appareils à échographie circulent dans le pays afin de déterminer le sexe des futurs bébés, et ainsi d'opérer un tri, même si depuis une loi de 1994 l'utilisation des machines dans ce but est totalement interdit. 

Mais cette sur-masculinisation a des conséquences : de nombreux hommes ne peuvent plus trouver de femmes pour se marier, et ainsi le nombre de violences faites aux femmes s'accroît, notamment les enlèvements, ou même les viols collectifs.
De plus, ironie du sort, la femme doit être vierge au moment du mariage, et si ce n'est pas le cas elle peut subir de très violentes représailles ; et cela même si elle a été violée, elle sera considérée comme coupable plutôt que comme victime, c'est pourquoi on estime à 1 sur 10 le nombre de viols déclarés en Inde. L'affaire du viol collectif en 2012 à New Delhi, qui a été très médiatisée, a permis de faire connaître ce problème de société qui demeurait tabou ; et a poussé le gouvernement a œuvrer pour la protection des femmes du pays.

Source : RTL, photo de Rebecca Conway / AFP
 
Mais aujourd'hui, l'association "Love commandos" se bat contre les mariages arrangés et permet aux femmes et aux hommes de vivre pleinement leur relation avec la personne qu'ils aiment, et non pas avec la personne que leur famille veut qu'ils épousent. En effet, je vous parlais ci-dessus des castes : les mariages entre castes ne sont pas interdits en Inde, et la loi punit même ceux qui les empêchent, malgré tout des "crimes d'honneur" pour les empêcher persistent toujours.
Je vous laisse regarder le reportage ci-dessus si vous avez envie d'en savoir plus !

Néanmoins il existe en Inde une société matriarcale, dans l'État de Meghalaya au pied de l'Himalaya, chez les Khasi. Là-bas, les femmes sont chefs de famille tandis que les hommes restent à la maison, s'occupant des enfants ; une situation qui contraste de façon troublante avec le reste de l'Inde. A l'inverse de tout ce qui a été dit précédemment, dans cette région du pays, on prie pour avoir des filles, car ce sont elles qui gèrent les affaires du foyer, qui sont propriétaires de petits commerces et qui prennent les décisions. Autre fait paradoxal : c'est la fille la plus jeune qui est la gardienne du patrimoine, elle occupe donc la place la plus importante dans la société. De même, les enfants prennent le nom de leur mère, et la dot n'existe pas. Un phénomène aux antipodes des traditions indiennes. Pour autant, les hommes ne sont pas heureux de leur situation, et la trouvent même injuste ; un mouvement de libération a même été lancé, revendiquant un plus grand rôle pour les hommes au sein de cette société.
Je trouvais très intéressant de vous parler de ce cas exceptionnel, qui est l'inverse même de tout ce que l'on voit aujourd'hui dans le monde, à propos de l'émancipation des femmes et du féminisme. Je pense que le féminisme peut aussi se trouver dans ce mouvement d'émancipation des hommes Khasi puisqu'il prône l'égalité homme-femme.
Seul point noir : ce travail d'émancipation des hommes passe notamment par la violence ; et ils ne semblent pas rechercher l'égalité, mais plutôt s'inspirer des autres États, avec une volonté de devenir les chefs de famille.


Vous avez peut-être déjà entendu parler de Rupi Kaur, une poétesse canadienne, née en Inde, qui a écrit le fameux recueil de poèmes "Milk and honey". Elle s'est fait connaître grâce à Instagram, et traite dans ses poèmes de la violence, la maltraitance, l'amour, la perte et la féminité, les accompagnant toujours d'une illustration. 
Elle est née en 1992, en Inde, quand les souffrances causées par le génocide des femmes battaient leur plein. Elle dit que dès sa naissance, elle a gagné une bataille : celle d'être resté en vie malgré les dictats de la société indienne ; et dit aussi que dès leur naissance, on apprend aux petites filles que leur corps ne leur appartient pas. Sa lutte féministe semble donc à la fois très occidentale (elle vit au Canada depuis qu'elle a 4 ans) tout en tirant des origines profondes en Inde. En effet, Rupi Kaur est née d'un viol, et raconte avoir été victime d'agressions sexuelles. Elle explique aussi comment elle vit l'absence d'un père, et les répercussions qu'ont son histoire sur sa perception de l'amour et de la sexualité.

Pour terminer, je ne pouvais pas parler de féminisme en Inde sans évoquer Aranya Johar. Cette jeune fille semble en effet être le nouveau visage du mouvement dans le pays. Aranya Johar a seulement 18 ans, et s'est fait connaître lors d'une soirée en Inde dédiée aux droits des femmes ; au cours de cette soirée elle s'est retrouvée à slamer, dénonçant l'hypersexualisation des femmes. Je vous laisse regarder la vidéo ci-dessus, elle parle d'elle-même.

Je ne pense plus avoir quoi que ce soit à ajouter. J'espère que cet article vous aura plu et intéressé, et si jamais vous pensez à quelque chose en rapport avec cet article n'hésitez pas à m'en faire part.
 
Je vous laisse, comme je l'ai fais lors de mon article sur le féminisme en Nouvelle-Zélande, sur cette vidéo qui montre ce magnifique pays qu'est l'Inde.
Je vous embrasse

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14 commentaires

  1. Coucou ma belle! Ton post est SUPER intéressant! je ne savais pas du tout que les femmes se suicidaient à cause de la pression de la dot, et je ne savais pas non plus qu'en Inde ils tuaient les bébés filles... quand je lis ton post je me dis qu'on a tellement de chance d'être françaises, on l'oublie parfois mais ton post est une belle piqûre de rappel <3 plein de bisous!

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    1. Coucou ! Merci beaucoup je suis ravie qu'il t'ai intéressé ! J'avais commencé à étudier tout ça au lycée, et j'ai également été très surprise d'apprendre tout cela.
      Oui, on a beaucoup de chance, c'est sûr que cela fait du bien de s'en rendre compte.
      Plein de bisous ma belle !

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  2. Great post, I did not know at all that women were committing suicide because of the pressure of the dowry.. but your blog is amazing for the reminder:)
    Fredericks of Hollywood Coupons

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    1. Thank you, yeah I think that a lot of people still don't know about it, so I thought it was important to make an article on the topic.
      Thank you so much !

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  3. J'en apprend tellement grâce à ton article. J'ignorais absolument tout. Même si j'étais au courant que les mariages arrangés étaient encore d'actualité là-bas, je ne savais pas que la dot l'était aussi. Toutes les horreurs que subissent ces femmes sont insoutenables ! Et cette société matriarcale dont tu nous parles, cet inversement des rôles etc.. et ces hommes qui ne souhaitent pas l'égalité mais le pouvoir me rebute.

    Des bisous ♥

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    1. Je suis heureuse que cet article t'ai fait découvrir tout ça. C'est vrai qu'en Occident on ne parle que très peu de ces choses-là.

      Bisous ma belle ♥

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  4. Merci beaucoup pour ton article très documenté et intéressant. Bon weekend à toi :)

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    1. Je t'en prie, merci beaucoup de ce beau compliment ! Bon weekend à toi aussi :)

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  5. Cette article est hyper intéressant ! J'espère que la condition des femmes prendra un tournant positif en Inde, enfaite le fait que certains "groupes" restent encrés dans les traditions posent problème. J'aime beaucoup les texte de Rupi Kaur, le regard qu'elle a parfois sur l'amour me parle vraiment. Je suis aussi très admirative d'Aranya Johar, il faut une voix qui puisse libérer et élever celle des femmes, des jeunes filles ! Il faut se faire entendre n'importe où dans le monde, montrer qu'on est là, qu'on existe, que nous ne sommes pas qu'un corps ou uniquement là pour la reproduction. Merci j'ai appris pas mal de choses ce soir.

    Bonne soirée :)

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    1. Merci beaucoup ! Je l'espère aussi... Je trouve que ce genre de femmes jouent un rôle essentiel, et qu'elles sont si courageuses de parler de sujets tellement tabous et délicats !
      Je t'en prie, merci à toi pour ce commentaire si gentil ahah, bonne soirée !

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  6. J'en ai appris tellement en lisant cet article. Merci !
    J'ai par le passé vu pas mal de reportages sur la vie des indiennes et des indiens. Souvent, je me surprends à penser que ce n'est peut être qu'un pan de la réalité qui est dévoilé (du coup merci d'avoir mis en lumière les Khasi dans cet article) donc j'essaie de recevoir tout ça avec beaucoup de prudence.
    De toutes les façons et ce partout dans le monde, la lutte pour l'égalité hommes-femmes reste d'actualité. #onycroitjusquaubout

    XoXo

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    1. Merci à toi !
      J'essaie aussi de prendre du recul face à tout cela, étant donné que les Occidentaux peuvent aussi avoir tendance à dramatiser des situations se passant en Orient par exemple; et je préfère toujours voir par moi-même la façon dont cela se passe réellement pour me faire un avis. Malheureusement je ne suis pas reporter donc je me contente de ce que je peux dénicher dans des reportages et sur Internet ahah
      Oh que oui, mais je pense que petit à petit les choses vont s'améliorer, je l'espère !
      Des bisous !

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  7. C'était super intéressant (les constats que tu listes sont assez acablants, mais c'est important d'en prendre conscience...). J'aimerais beaucoup lire des travaux d'anthropologie sur ce peuple, c'est assez fascinant mais parfois en Europe on projette beaucoup nos propres fantasmes sur ces sociétés matrilinéaires et alors on a tendance à en faire une peinture un peu trop parfaite. Y'a des éléments qui m'ont intrigué sur la page wikipedia, par ex c'est indiqué que les hommes avaient auparavant un statut spécifique, de protecteurs pendant la guerre et de travailleurs, tandis que les femmes géraient certes les affaires mais en restant donc dans la sphère domestique... avec le temps les femmes auraient de plus en plus travaillé et les hommes se seraient sentis dépossédés de leur mission (et d'une forme de pouvoir). Ce n'est pas sourcé cependant, j'essaierai de faire davantage de recherches !

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    1. Merci beaucoup ! Oui c'est sûr, et je pense même qu'en Occident de façon plus générale on a tendance a juger ce qui se déroule ailleurs, et à être parfois bien loin de la réalité. Je retournerais faire des recherches aussi alors, quitte à actualiser cet article !

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Les Douces Effrontées

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